Rencontre francilienne sur les inégalités de déploiement des CPS

Développer les compétences psychosociales est un enjeu majeur de santé publique. Ces compétences de vie permettent de faire face efficacement aux situations et problèmes du quotidien et contribuent à favoriser le bien-être mental, physique et social, la réussite éducative, l’insertion professionnelle, ainsi qu'à prévenir des comportements défavorables à la santé. (Santé publique France, 2023) Suite au lancement en 2022 de la stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales de tous les enfants et jeunes de 3 à 25 ans (Instruction interministérielle du 19 août 2022), elles sont aujourd’hui intégrées dans de nombreuses politiques publiques. Le déploiement de cette stratégie vise à permettre à l’ensemble des enfants de développer leurs CPS dès le plus jeune âge, pendant toute leur croissance et dans tous les milieux. 

Toutefois, le déploiement des actions et programmes visant à développer les CPS demeure inégal selon les territoires, les milieux de vie et les différentes étapes du développement de l’enfant.

Cette rencontre à destination des acteurs franciliens impliqués dans le déploiement des programmes CPS avait pour objectifs de :

  • Encourager les rencontres, les échanges et l’interconnaissance entre les acteurs franciliens mobilisés dans le déploiement des compétences psychosociales ;
  • Engager une réflexion collective sur les inégalités de déploiement des programmes CPS en Île-de-France ;
  • Contribuer à la production, la diffusion et l’utilisation de données probantes sur les CPS.

Ouverture de la rencontre

L'ouverture de la rencontre s'est faite à plusieurs voix par les représentants des institutions organisatrices de la demi-journée d'échanges.  

  • Marie Gautier-Melleray, Préfète, Secrétaire générale aux politiques publiques à la Préfecture de Paris
  • Jean Fabre-Mons, Directeur adjoint de la santé publique à l'ARS Île-de-France
  • Jérôme Foucaud, Président de Promotion Santé Île-de-France
  • Delphine Doré-Pautonnier, Directrice de Promotion Santé Île-de-France

Mesdames et Messieurs, bonjour. 

Je suis, très honorée d’être là. Je vous remercie de votre accueil. Je le suis d’autant plus que nous sommes aujourd’hui le 10 octobre, qui est la journée mondiale de la santé mentale et qu’en cette année 2025, nous avons comme grande cause nationale : la santé mentale. Et je sais que pour toutes celles et tous ceux qui sont présents ici aujourd’hui, ce n’est pas juste des mots, ce sont des actions au quotidien, sur lequel nous avons encore tant à faire. 

Évidemment, c’est un plaisir de vous accueillir à cette rencontre organisée dans les locaux de la Préfecture de la Région Île-de-France, Préfecture de Paris ; et je vous y souhaite la bienvenue. 

La meilleure prise en compte de la santé mentale, répond à un enjeu majeur de santé publique, alors qu’un Français sur quatre sera confronté à un trouble mental au cours de sa vie
Comme on le sait, la santé mentale est influencée par des facteurs individuels, mais aussi par des facteurs sociaux, par des facteurs culturels, par des facteurs économiques, environnementaux... Un ensemble qui renvoie à la qualité et aux conditions de vie, au travail et aux interactions sociales qui peuvent être des facteurs déterminants de la santé mentale, à la fois des personnes concernées, mais aussi de l’ensemble de leur entourage.

Cela explique que les populations précaires et vulnérables sont particulièrement exposées aux troubles de santé mentale et elles ne sont pas forcément les mieux armées pour y faire face. Il faut donc prendre en compte, dans ces populations : les personnes âgées, les familles monoparentales, les personnes en recherche d’emploi, mais aussi, et peut-être, surtout, les plus jeunes qui, en plus des facteurs sus évoqués, n’ont pas les armes pour faire face aux difficultés que peuvent engendrer un certain nombre de troubles mentaux. Ils sont, par ailleurs, surexposés à certains facteurs de risques, comme les écrans, qui peuvent entraîner des troubles du développement et qui peuvent entraîner une aggravation de leur vulnérabilité psychique. 

Je salue, par conséquent, tout particulièrement, les rencontres, comme celle d’aujourd’hui, qui visent à vous réunir et à coordonner l’ensemble des acteurs qui ont la capacité d’agir dans ce domaine auprès des plus jeunes.

Hélas, pour nous tous, de nombreuses études montrent que ce travail est de plus en plus important et de plus en plus urgent.
Selon une enquête qui a été menée par IPSOS fin 2024, plus d’un adolescent sur quatre fait l’objet d’une suspicion d’un trouble anxieux généralisé. 45% des adolescents, en France, sont potentiellement concernés par des troubles de l’anxiété. Face à ce phénomène qui nous touche, toutes et tous, compte tenu de l’ampleur, forcément, les inégalités sociales ont un effet amplificateur sur ce phénomène.
D’autres études ont notamment mis en évidence que les comportements addictifs, les prises de risques, les niveaux d’usage, restent bien plus élevés chez les jeunes en apprentissage ou en décrochage scolaire, qu’ils ne le sont chez les jeunes scolarisés dans le secondaire. 

Lever les tabous, améliorer l’accès aux soins, à l’information, renforcer la prévention, particulièrement auprès des plus jeunes, sont donc une nécessité vitale et sont au cœur de l’action que l’État porte, avec ses partenaires, pour faire face à cette urgence.

L’un des principaux leviers qui a été identifié, pour agir sur cette situation, c’est d’accompagner les enfants et les adolescents dans le développement de leurs compétences cognitives, émotionnelles et sociales ; ce qu’on appelle les compétences psychosociales. Parce que c’est grâce à ces compétences-là qu’ils vont pouvoir mieux faire face aux problèmes du quotidien.

L’instruction ministérielle du 19 août 2022 définit une stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales des enfants et des adolescents. C’est une véritable volonté politique des pouvoirs publics de prendre en compte cette démarche à laquelle vous êtes, toutes et tous associés en tant qu’acteurs de la prévention et de la promotion de la santé, ou bien de la Politique de la Ville, ou bien de l’Education nationale, ou les trois à la fois.

En Île-de-France, c’est un travail que nous menons en étroite collaboration avec l’ARS, dont je voudrais saluer la présence parmi nous. Un travail qui est mené, notamment au sein des QPV d’Île-de-France, qui abrite, comme je l’ai souligné, une part de population encore plus exposée aux troubles de la santé mentale, ou en tout cas, moins en mesure de faire face aux troubles de la santé mentale lorsqu’ils apparaissent. C’est donc un axe fort des contrats d’engagement ‘Quartiers 2030’ et du Projet Régional de Santé, que le développement d’actions communes sur la santé mentale auprès des quartiers prioritaires de la Ville. 
C’est lors du comité de pilotage régional qui réunit la PRIF et l’ARS, que nous avons, précisément le 28 avril dernier, discuté de l’organisation d’une rencontre telle que nous la voyons aujourd’hui. Et donc, je suis particulièrement heureuse que cette idée qui avait germé entre nous, ait pu rencontrer un tel écho. Et votre présence, nombreuse, aujourd’hui, nous montre que nous avions, probablement, un tout petit peu raison.

Je tiens, tout particulièrement, à remercier monsieur Fabre-Mons, directeur adjoint de la Santé Publique de l’ARS Île-de-France, et monsieur Jérôme Foucaud, président de Promotion Santé Île-de-France, pour leur contribution à l’organisation de cette demi-journée. 

Je remercie, évidemment, l’ensemble des intervenants qui ont accepté de venir et de partager leurs réflexions, leurs expériences, leurs retours, avec, pas seulement l’idée de s’auto congratuler sur tout ce que vous avez fait de bien, mais plutôt avec l’idée d’inspirer des actions pour demain, encore plus fortes, encore plus importantes. Je sais que je pourrai compter sur vous toutes et vous tous, pour porter cette action à laquelle nous sommes nombreux à croire. 

Comme vous l’avez dit, madame  la Préfète, les inégalités, d’une façon générale et les inégalités sociales de santé sont au cœur de la stratégie transversale de l’Agence Régionale de Santé. Et dans ce volet de la science qu’est la Santé publique, le concept des inégalités sociales de santé est important, il est fondamental, il est incontournable.

C’est important dans ces temps parfois troublés, de rappeler que la science nous guide vers une action intelligente. En deux mots : lutter contre les inégalités sociales de santé, c’est se pencher sur les populations, les territoires où les besoins sont les plus forts et où l’action publique aura le plus d’impact.
Les inégalités sociales de santé, c’est à la fois celles de l’environnement, mais aussi, et c’est ce dont nous pouvons parler aujourd’hui, celles de nos actions et de nos modalités d’interventions. Donc, cela nous conduit à réfléchir aux moyens de les améliorer, et c’est tout l’objet de cette rencontre.

Á cet égard, très rapidement, je rappelle que l’Agence Régionale de Santé est mobilisée depuis une bonne dizaine d’années autour du déploiement d’interventions autour des compétences psychosociales. Pour ces actions-là, nous avons un cadre méthodologique et scientifique qui permet de nous appuyer sur des programmes et des pratiques éprouvés par la science. Mais c’est tout l’enjeu, de la question des inégalités des déploiements que de réussir à affronter cet équilibre difficile entre le respect de programmes qui ont été validés par la science, qui sont éprouvés, qui suivent des référentiels et l’adaptation au terrain, parce que ces programmes ont beau être validés par la science, parfois, lorsqu’on les déploie très concrètement, on se rend compte qu’il y a des choses qu’il faut adapter. Mais quand on les adapte, il faut, pour autant, rester fidèle au référentiel. C’est un des enjeux fondamentaux que d’être capable d’adapter ces programmes à ce que l’expérience de terrain nous apprend. 

Pardon pour ce petit détour, je ne voulais pas lancer tout de suite le débat méthodologique, mais c’est vraiment au cœur de nos réflexions du côté de l’Agence. 

Je reviens sur ce que je disais, l’Agence travaille depuis une bonne dizaine d’années sur la question du développement des compétences psychosociales, en mobilisant, les partenariats avec les collectivités territoriales et les services de l’Éducation nationale.

Je voulais remercier la Préfecture de Région, Préfecture de Paris, sous l’impulsion de laquelle, les lignes ont vraiment bougé, cette année. L’organisation de cette journée en est une preuve. Nous avons eu la chance et l’honneur de lancer un appel à volontariat pour déployer des programmes de développement des compétences psychosociales via les Cités Éducatives, dans un partenariat renouvelé avec l’Éducation nationale. Cet appel à volontariat a donné lieu à une très belle dynamique qu’il faut saluer ; dynamique d’interactions avec l’Éducation nationale, avec les services préfectoraux. Là encore, je pense que l’impulsion donnée par la Préfecture de Région, à n’en pas douter, dans le cadre de la grande cause nationale, a été déterminante. Et donc, ce sont, sur 45 Cités Éducatives, 27 candidatures qui sont retenues et qui vont pouvoir se déployer. Nous avons, évidemment, pour les années qui viennent, l’ambition d’aller plus loin et d’élargir, aussi, aux territoires éducatifs ruraux.

Un dernier mot pour remercier à nouveau les services de la Préfecture, les services de l’Éducation nationale pour cette mobilisation cette année ; pour remercier Promotion Santé Île-de-France pour l’organisation de cette journée et pour saluer cette dynamique.

[Remerciements des parties prenantes] 

Mesdames, messieurs, je suis très content d’être, aujourd’hui, ici, pour ouvrir cette demi-journée francilienne, sur les inégalités de déploiement des actions, favorisant les compétences psychosociales des enfants et des adolescents en Île-de-France.

Je ne vais pas repartir sur les données épidémiologiques qui ont été très bien déclinées par madame la Préfète, ni les enjeux qui ont été posés très clairement par monsieur Mons, mais repartir sur quelques éléments qui concernent les compétences psychosociales auxquelles nous sommes très attachés. 

Les compétences psychosociales sont au cœur de la promotion de la santé qui a été instituée par la charte d’Ottawa qui va fêter ses quarante ans l’année prochaine ! Eh oui, ça fait déjà quarante ans qu’elle est là ! Et, quarante ans plus tard, c’est un texte toujours aussi inspirant. C’est un texte qui était particulièrement fondateur, parce qu’il nous permettait de nous dégager de cette approche centrée sur les facteurs de risques. C'est-à-dire, si vous centrez uniquement sur le facteur de risque, bien évidemment, vous n’êtes plus en mesure d’avoir une approche globale. On sait que le facteur de risque n’est qu’un déterminant de la santé ; la santé va être impactée par beaucoup d’autres déterminants qu’il est nécessaire de prendre en compte.
Cette charte partage un petit fondement avec les préventions primaire, secondaire, tertiaire, qu’elle dépasse. Elle partage un certain fondement avec la prévention primordiale, mais elle va beaucoup plus loin.
On ne sait pas trop si cette charte est un paradigme, si c’est une méthode, si c’est une démarche, si c’est une philosophie, si c'est une manière de penser. C’est sans doute un petit peu tout ça, mais ce qu’elle voulait, c’était surtout proposer un cadre structurant pour pouvoir développer l’éducation pour la santé, dont elle est contemporaine.

Ce cadre structurant est assez simple, c’est cinq axes majeurs

  • Le premier est l’élaboration de politiques de santé : comment on va pouvoir mobiliser des politiques de santé favorables aux objets qui nous occupent ?
  • La création d’environnements favorables : comme vous le savez, on agit souvent sur les comportements, mais, finalement, les comportements se révèlent dans des environnements. Si ces environnements sont favorables à la santé, il y a une grosse partie du chemin qui est déjà réalisé.
  • Le renforcement de l’action communautaire : comment on va s’appuyer sur ces ressources-là ?
  • La réorientation des services de santé
  • et un autre axe qui nous intéresse tout particulièrement aujourd’hui : l’acquisition des aptitudes individuelles ou le développement de compétences pour sa santé. Quand on parle de ces compétences, on parle souvent de compétences psychosociales.

L’idée, ici, c’est bel et bien d’avoir une approche globale de la question de santé, ne pas se centrer sur un facteur de risque, mais sur quelque chose de beaucoup plus large. On est sur quelque chose qui ne concerne pas que la santé, on est bel et bien dans une dynamique intersectorielle. S’intéresser aux compétences psychosociales en milieu scolaire, on est d’accord qu’on n’est plus tout à fait dans le champ de la santé, néanmoins, ça impacte directement la santé et c’est en cela que c’est quelque chose d’extrêmement important et éclairant. 

Un autre point essentiel, c’est que cela vise l’empowerment. Jacques Bury, avec qui j’ai collaboré et qui a été à l’origine de cette charte d’Ottawa, me disait toujours : « si cela ne sert pas à développer le pouvoir des gens pour agir sur leur santé, c’est pas de la promotion de la santé ! » Je trouve que c’était important de rappeler ces éléments-là.
Alors, cet axe de la Charte d’Ottawa qui concerne les compétences psychosociales, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’on va mettre en place des actions qui vont viser le développement de compétences sociales, cognitives, et également émotionnelles, qui vont viser deux objectifs principaux :

  • Le premier : accroître le pouvoir des personnes pour pouvoir agir sur leur santé, l’empowerment.
  • Le deuxième : renforcer ces compétences-là dans une perspective d’équité. Ce qu’on entend par équité à Promotion Santé Île-de-France, c’est : donner davantage à ceux qui ont moins. C'est-à-dire que ce n’est pas une posture égalitaire, c’est justement considérer, de fait, qu’il y a des inégalités entre ces populations. Si vous donnez la même chose aux mêmes, vous avez juste déplacer le problème. D’où cette nécessité d’avoir une approche plus équitable.

Cette approche de développement des compétences psychosociales posent certaines interrogations : comment je peux agir sur ma santé au niveau individuel ? mais aussi au niveau populationnel ? et dans des environnements favorables ? Cette approche est nécessaire, utile est pertinente à tous les âges de la vie, mais principalement, sur les âges les plus jeunes, notamment au niveau de l’enfance et de l’adolescence où les personnalités vont se structurer.

Donc, vous voyez bien qu’une fois que j’ai posé ces éléments de cadre, le développement des compétences psychosociales devient un enjeu majeur au niveau des politiques nationales mais également au niveau des politiques locales.

Il y en a un texte qui nous semble particulièrement intéressant à Promotion Santé Île-de-France, qui est : l’instruction interministérielle du 19 août 2022, qui définit la stratégie nationale multisectorielle de développement des compétences psychosociales. Cette instruction marque une volonté claire, une politique explicite des pouvoirs publics de s'engager dans le développement des compétences psychosociales. Cette stratégie constitue un cadre structurant, une visée, une perspective qui s’incarne principalement dans des politiques locales. Au niveau des politiques locales, on a un soutien relativement fort de la part de l’ARS et de la Préfecture. Et pour ça, on peut le souligner et les remercier encore.  
En Île-de-France, le développement des compétences psychosociales s’inscrit principalement dans le Projet Régional de Santé, le PRS 3 2023-2028, qui a été adopté par l’ARS Île-de-France, élaboré en concertation avec l’ensemble des partenaires.

On voit qu’il y a un objectif clair ; faire en sorte que d’ici 2028, 200 000 enfants de trois à douze ans auront pu bénéficier d’un programme portant sur les compétences psychosociales. Pour atteindre cet objectif, on doit soutenir et renforcer le déploiement de programmes de CPS et leur coordination au niveau des territoires avec des visées prioritaires. En s'appuyant sur les dispositifs impliqués, je ne vais pas tous vous les citer, mais principalement les Contrats Locaux de Santé, les Comités Territoriaux plus connus sous le nom de COTER, ou alors les Comités d’Éducation à la Santé, à la Citoyenneté, les Cités Éducatives et les Programmes de Réussite Éducative. C’est dire l’importance des compétences psychosociales et c’est dire l’importance de cette rencontre qui, pour moi, est vraiment essentielle.

S’appuyer sur des programmes, monsieur Mons le disait tout à l’heure, c’est quelque chose d’essentiel. Les programmes sont des lignes directrices, mais se pose la question de savoir comment les mobiliser directement sur le terrain. Et là, c’est vrai qu’il y a peut-être des gros enjeux qui ont été un petit peu mis sur le côté pendant très longtemps, qui relèvent de ce qu’on appelle la science de l’implémentation : ‘implementation science’, ou la science de la transférabilité. C'est-à-dire : comment on peut réellement réadapter ces éléments-là ? Ce qui veut dire qu’au début, on doit avoir des programmes ou des actions dont les ingrédients de l’intervention sont extrêmement clairs.
Quel est l’ingrédient majeur qui va avoir un rôle majeur ? Comment je peux le documenter, être sûr que c’est celui-ci qu’il va falloir que je cible ? Dans quel contexte il marche ? Tous ces éléments sont bien évidemment très contextualisés.

Je voulais vous rappeler simplement que cette question des compétences psychosociales, elle est vraiment au cœur de Promotion Santé Île-de-France, et vous pouvez être complètement assurés de notre pleine mobilisation sur cette thématique et sur ce champ. Je remercie encore très chaleureusement madame la Préfète de nous avoir accueillis ici et puis, également, le soutien de l’ARS Île-de-France dans toutes nos activités, qui est vraiment précieux pour développer et soutenir les challenges que nous avons à relever. 

Plénière - État des lieux franciliens du déploiement des CPS et de la santé des enfants et des adolescents

En articulant un état des lieux du déploiement des compétences psychosociales (CPS) avec une analyse actualisée de la santé des enfants et des adolescents, cette plénière permet de poser un cadre commun. L'enjeu est de mieux comprendre comment les actions en matière de CPS s’inscrivent concrètement en Île-de-France, quels publics sont aujourd’hui touchés, et dans quelle mesure ces interventions répondent aux besoins de santé des jeunes, dans un contexte marqué par des inégalités sociales et territoriales fortes.

Cette première partie permet également d’identifier les tendances majeures en matière de santé, notamment en ce qui concerne la santé mentale, les comportements à risque ou encore les conditions de vie et de socialisation des jeunes, afin de mettre en regard ces éléments avec les stratégies régionales déployées.

En apportant des repères à la fois quantitatifs et qualitatifs, cette plénière constitue un point d’appui pour les échanges de la rencontre, en mettant en lumière les défis à relever, les leviers d’action existants et les marges de progression pour renforcer des politiques publiques plus équitables et adaptées aux réalités des territoires.

 

Déploiement des compétences psychosociales en Île-de-France 

Cette intervention de de Gwendal Bars, Responsable du département Politiques territoriales et urbaines en promotion de la santé à l’ARS Île-de-France, apporte ainsi un regard structurant sur le déploiement des compétences psychosociales et ses dynamiques en Île-de-France. Après avoir mis en évidence les disparités sociales et territoriales, ainsi que les enjeux liés aux conditions de vie des jeunes, il s’agit ici de dresser un état des lieux concret des actions menées à l’échelle régionale.

Cette prise de recul permet d’analyser l’avancement des politiques publiques, les modalités de mise en œuvre sur les territoires, ainsi que les publics touchés, en particulier les enfants et les adolescents. Elle met également en perspective les objectifs ambitieux fixés en matière de réduction des inégalités sociales de santé. 

Déploiement des compétences psychosociales en Île-de-France

Santé des enfants et des adolescents en Île-de-France

L’intervention de Catherine Embersin-Kyprianou, Chargée d’études socio-démographe à l’Observatoire régional de santé Île-de-France, vise à poser un état des lieux synthétique et structurant des enjeux de santé des jeunes Franciliens.

Cet éclairage sociodémographique et épidémiologique sur la santé des jeunes en Île-de-France apporte des éléments de cadrage essentiels sur les caractéristiques de la population francilienne et sur les principaux indicateurs de santé des enfants, des adolescents et des jeunes adultes.

À partir de données issues d’enquêtes et de sources médico-administratives, elle met en évidence des tendances globales contrastées, entre une bonne santé perçue et une dégradation marquée de la santé mentale, tout en soulignant le rôle structurant des inégalités sociales et territoriales de santé, présentes dès le plus jeune âge et se cumulant tout au long de la vie.
 

Santé des enfants et des adolescents en Île-de-France

Réflexions croisées sur les inégalités liées aux compétences psychosociales

Animée par Delphine Doré Pautonnier, Directrice de Promotion Santé Île-de-France, cette table ronde s’organise en trois temps de réflexion. Les contributions de professionnels issus de différents champs – acteurs de terrain, chercheurs, opérateurs et porteurs de programmes – offrent un regard croisé sur les inégalités liées aux CPS, qu’elles soient territoriales, méthodologiques, ou encore associées aux limites des approches centrées sur le développement des compétences individuelles.

Les disparités territoriales 

Ce premier temps d'échanges propose d’ouvrir une réflexion collective sur les inégalités liées aux compétences psychosociales (CPS), en interrogeant plus spécifiquement la notion de disparités territoriales

À partir de regards croisés entre acteurs institutionnels et chercheurs, il s’agit de mieux définir ces disparités, d’en comprendre les mécanismes concrets en Île-de-France et d’analyser la manière dont elles s’articulent avec les inégalités sociales et scolaires. 

Cette séquence vise également à éclairer les enjeux de déploiement des actions CPS, en questionnant à la fois leur articulation avec les apprentissages scolaires et leur place sur les besoins de santé mentale des enfants et adolescents les plus vulnérables.

Catherine Embersin-Kyprianou, Chargée d’études socio-démographe, Observatoire régional de santé Île-de-France

Cintia Indarramendi, Maître de Conférences, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis

 

Les disparités territoriales

Freins à la production, la diffusion et l’utilisation des données probantes 

Ce deuxième temps permet d'ouvrir le débat sur les limites méthodologiques et contextuelles inhérentes aux actions et programmes CPS, en s'appuyant sur la note de Promotion Santé Grand Est publiée en mai 2025, intitulée « Efficacité des programmes sur les compétences psychosociales : au-delà des programmes probants, l’intérêt de s’appuyer sur les données probantes ». A travers la littérature existante sur le sujet et à partir de leur propre expérience de déploiement de programme probant, les participantes apportent un éclairage critique sur :

  • les programmes probants et leurs limites,
  • les données probantes, au croisement de la recherche scientifique, des expertises collectives et des expériences des professionnels et des populations,
  • les disparités entre les secteurs et les milieux.

Émilie Fériel, Référente Partage et application des connaissances, Promotion Santé Grand-Est

Alissia Gouju, Référente Action et coordination, Promotion Santé Grand-Est

Marie Persiani, Directrice générale de Promotion Santé Grand-Est

Rencontre CPS : freins à la production

Freins à la production, la diffusion et l’utilisation des données probantes

Limites des approches de développement des compétences individuelles 

Lors de ce troisième temps d’échanges, les interventions d’acteurs de terrain, les questionnements éthiques soulevés, ainsi que les éclairages sociologiques apportés par les participants permettent d’interroger les limites des approches centrées sur le développement des compétences individuelles.

Les intervenants alertent sur le risque de responsabilisation excessive des individus face à leur santé ou à leur bien-être, au détriment de la prise en compte des déterminants sociaux, environnementaux et structurels qui influencent les trajectoires de vie.

Ces réflexions invitent ainsi à penser des approches plus globales, intégrant à la fois les compétences individuelles et les contextes sociaux, éducatifs et territoriaux dans lesquels les enfants et les jeunes évoluent en créant des environnements favorables aux développement de ces compétences.

Maëlle Eloire, Chargée de projet, Crips Île-de-France

Éric Le Grand, Chargé de mission, Fédération Promotion Santé et Professeur affilié à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP)

Caroline Veltcheff, Conseillère technique Prévention violences, harcèlement, climat scolaire, Rectorat de Paris, membre du laboratoire bonheurs de l’Université de Cergy - expert national climat scolaire - superviseur pHARe

Limites des approches de développement des compétences individuelles

Table ronde - Expériences pour inspirer le passage à l’action

Animée par Caroline Veltcheff, Conseillère technique Prévention violences, harcèlement, climat scolaire, au rectorat de Paris, membre du laboratoire bonheurs de l’Université de Cergy et experte national climat scolaire, cette table ronde réunit des acteurs institutionnels et des professionnels de terrain venus partager leurs expériences, leurs initiatives et leurs perspectives. À travers leurs témoignages, ils souhaitent inspirer et encourager le passage à l’action. En mettant en commun les difficultés rencontrées et en capitalisant sur les réussites déjà obtenues, les intervenants font émerger des pistes concrètes et des leviers d’action pour faire avancer collectivement les pratiques. 

Laurence Cairon, Infirmière conseillère technique, Direction des services départementaux de l'Éducation nationale (DSDEN) du Val-d’Oise (COTER 95)

Julie Dieudonné-Trochon, Coordinatrice santé de la Ville de Chanteloup-les-Vignes (78), en charge de la santé au sein de la Cité éducative

Julien Garbarg Chenon, Délégué Education et culture, Fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement

Clara Houdaille, Chargée de projets, Fédération Addiction

Alexandre Laurent, Chargé de mission Prévention et Promotion de la Santé, ARS – Délégation Départementale de Paris (COTER 75)

Ingrid Lukowski, Cheffe de projet opérationnelle, Cité éducative de Chanteloup-les-Vignes

Diane Pires, Responsable du département Promotion de la sante et réduction des inégalités, ARS - Délégation départementale du val d’Oise (COTER 95)

Céline Poullain, Responsable du département Prévention et Promotion de la Santé, ARS – Délégation Départementale de Paris (COTER 75)

Expériences pour inspirer le passage à l’action

Clôture et perspectives

Je tenais à vous remercier d’être restés jusqu’à la fin. Moi, j’ai passé une très, très bonne journée, dont je souhaiterais vous remercier tous et toutes. 

Je crois qu’il n’y a plus vraiment d’enjeu sur : est-ce qu’il faut développer les compétences psychosociales ? Ça, c’est comme : est-ce que le tabac, ça donne le cancer ? Je crois qu’il faut arrêter la recherche… Là, c’est à peu près clair ! 
Je pense que maintenant, on a des gros enjeux, plutôt, sur : comment on implante ? Et comment au cœur de cette implantation nous allons réduire les inégalités ? Comment on s’intéresse à une dimension collective, en se centrant sur les compétences des individus ? C’est beaucoup plus facile de demander aux gens de développer leurs compétences que d’organiser des systèmes, des environnements qui leur permettent de le faire naturellement. 

Je crois qu’il faudra qu’on soit très prudents, a développer les compétences psychosociales, mais surtout développer les environnements favorables dans lesquels elles vont pouvoir se développer.

On voit très clairement comment on va passer de cette approche individuelle à cette approche populationnelle. On voit aussi, dans tout ce que vous avez dit, aujourd’hui, des marqueurs forts de la promotion de la santé. Alors, je ne les ai pas comptés, parce que j’étais captivé par les échanges, mais le nombre de fois où j’ai pu relever qu’on me parlait de créer une culture commune. C’est des choses qu’on essaie de faire depuis très longtemps, c’est des choses qui sont vraiment au cœur de cette action. Si jamais on n’arrive pas à trouver un langage pour se parler, on ne pourra pas y arriver. 

Les enjeux d’inégalités, on les a vus, ils sont très forts. La collègue de l’ORS nous l’a montré très clairement. On voit que Paris s’en sort pas trop mal. Mais Paris ne s’en sort pas trop mal, en général. C’est plutôt sur les autres, sur lesquels il va falloir avoir, peut-être, une approche équitable, c'est-à-dire donner davantage à ces territoires qui sont extrêmement intéressants.

On l’a vu sur la dernière table ronde, c’est la question de comment on aligne les planètes. C’est surtout ça, parce qu’en fait, on a les moyens de le faire, c’est juste comment on va pouvoir aligner ces planètes. Alors, peut-être qu’il y a cette question de la culture commune, il y a sans doute cette question de la collaboration. Il y a sans doute cette question de l’implémentation, mais il y a aussi cette question des ingrédients clefs qui sont des éléments particulièrement essentiels.

Donc, ce que je retiens, c’est une dynamique régionale importante qui est portée par les différents acteurs depuis de nombreuses années. On voit très clairement qu’il y a encore une très grande motivation, malgré les enjeux et les challenges. On voit que la motivation est toujours là et que les principaux enjeux vont être de travailler pour aller davantage vers les jeunes et vers les territoires où subsistent ces inégalités. Ça ne veut pas dire qu’il faut laisser tomber Paris. C’est pas ce que j’ai dit. J’ai dit qu’il faudrait plutôt aller, aussi, vers les autres territoires.

La question des environnements favorables, là, vous l’avez compris, je suis un environnementaliste convaincu. Bien évidemment, essayer de faire le maximum là-dessus.
Moi, les COTER, j’avoue que c’était quelque chose d’un peu abstrait. Delphine m’en avait parlé régulièrement, mais ce n’est pas quelque chose de très concret. J’ai vu très clairement ce que c’était qu’un COTER, à quoi servait un COTER, pourquoi les COTER devaient être développés, comment ils devaient fonctionner… Sans doute, des inégalités entre certains, mais là encore, c’est une question d’alignement de planètes.

Je me réjouis de cette dynamique régionale et de votre investissement. 

Je voulais vous dire qu’ on a décidé avec toute l’équipe de Promotion Santé Île-de-France, de mettre en place des évènements réguliers pour pouvoir diffuser les connaissances. C’est au cœur de notre métier. On n’a pas la prétention de parler du courtage de connaissances, mais au moins, la mise à disposition de ce que l’on sait, de nos savoirs, de les faire partager pour développer ces dimensions-là. 

Nous espérons que cette première rencontre apportera des réflexions qui vous permettront, à terme, de limiter les inégalités de déploiement des CPS. On a vu, quand même, quelques clefs pour pouvoir y arriver. Puis, après cette rencontre, nous allons réfléchir avec la Préfecture de Région, l’ARS Île-de-France, des suites que nous pourrons donner. 

Je vous remercie infiniment et je vous dis à très bientôt. 

micro

Livret d'accueil de la rencontre CPS

Ressources documentaires

Bibliographie de la rencontre

L'équipe de Promotion Santé Île-de-France remercie chaleureusement, les membres du COPIL, les animateurs et l'ensemble des participants de cette rencontre, permettant sa pleine réussite et sa grande richesse.

Merci aux différents intervenants pour leur participation aux temps d'échanges :

  • Gwendal Bars, Responsable de département Politiques territoriales et urbaines en promotion de la santé, ARS Île-de-France
  • Maëlle Eloire, Chargée de projet, Crips Île-de-France
  • Laurence Cairon, Infirmière conseillère technique, Direction des services départementaux de l'Éducation nationale (DSDEN) du Val-d’Oise (COTER 95)
  • Julie Dieudonné-Trochon, Coordinatrice santé de la Ville de Chanteloup-les-Vignes (78), en charge de la santé au sein de la Cité éducative
  • Catherine Embersin-Kyprianou, Chargée d’études socio-démographe, Observatoire régional de santé Île-de-France
  • Émilie Fériel, Référente Partage et application des connaissances, Promotion Santé Grand-Est
  • Julien Garbarg Chenon, Délégué Education et culture, Fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement
  • Alissia Gouju, Référente Action et coordination, Promotion Santé Grand-Est
  • Clara Houdaille, Chargée de projets, Fédération Addiction
  • Cintia Indarramendi, Maître de Conférences, Université Paris 8 Vincennes - Saint-Denis
  • Alexandre Laurent, Chargé de mission Prévention et Promotion de la Santé, ARS – Délégation Départementale de Paris (COTER 75)
  • Éric Le Grand, Chargé de mission, Fédération Promotion Santé et Professeur affilié à l'Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (EHESP)
  • Ingrid Lukowski, Cheffe de projet opérationnelle, Cité éducative de Chanteloup-les-Vignes (78)
  • Marie Persiani, Directrice générale de Promotion Santé Grand-Est
  • Diane Pires, Responsable du département Promotion de la sante et réduction des inégalités, ARS - Délégation départementale du val d’Oise (COTER 95)
  • Céline Poullain, Responsable du département Prévention et Promotion de la Santé, ARS – Délégation Départementale de Paris (COTER 75)
  • Caroline Veltcheff, Conseillère technique Prévention violences, harcèlement, climat scolaire, Rectorat de Paris, membre du laboratoire bonheurs de l’Université de Cergy -expert national climat scolaire - superviseur pHARe

Merci aux animatrices des tables rondes :

  • Delphine Doré-Pautonnier, Directrice de Promotion Santé Île-de-France
  • Caroline Veltcheff, Conseillère technique Prévention violences, harcèlement, climat scolaire, Rectorat de Paris, membre du laboratoire bonheurs de l’Université de Cergy -expert national climat scolaire - superviseur pHARe

L'équipe de Promotion Santé Île-de-France remercie chaleureusement les membres du comité de pilotage de cette rencontre :

  • Florent Abel, Chef de projets politique de la ville thématiques Éducation, laïcité et médiation sociale à la Mission Ville de la Préfecture de Région
  • Salima Allegui, Chef de projet promotion santé mentale à l’ARS Ile-de-France
  • Laurent Bauer, Directeur du CODES 93
  • Loubna Benhorma, Directrice de Ressources Urbaines
  • Pauline Botte, Chargée du pilotage des ressources et ingénierie de projets à la mission éducation inclusive à la Ville de Paris
  • Vanessa Dewallers, Responsable pédagogique au CODES 93
  • Jean-Baptiste Eccel, Chef de projets, référent addictions à l’ARS Ile-de-France
  • Sophie Correia, Responsable formation à Ressources urbaines
  • Clara Houdaille, Chargée de projets à la Fédération Addiction
  • Audrey Libre, Cheffe de projets politique de la ville - Référente régionale Valeurs de la République et Laïcité (VRL) à la Mission Ville de la Préfecture de Région
  • Jean-Baptiste Lusignan - Responsable du pôle santé jeunesse et publics prioritaires et du suivi des programmes au CRIPS IDF
  • Sabine Mele, Puéricultrice Cadre Supérieure de Santé Conseillère experte enfance et santé au conseil département de Seine et Marne
  • Emmanuelle Oudea, Chargée de mission Emploi, Formation et Education et Cheffe de la Mission Ville de la Préfecture de région
  • Alexia Vignal, Chargée de mission Promotion de la santé et réduction des inégalités à la DD-ARS du Val-d’Oise

Cette rencontre a été co-organisée par l'équipe de Promotion Santé Île-de-France :

  • Margot Boupies, Chargée de projets
  • Apolline Caroux, Responsable de projets
  • Delphine Doré-Pautonnier, Directrice
  • Nathalie Hoeben, Responsable de la communication numérique
  • Emeline Mito, Assistante de direction
  • Mado Perun-Niel, Chargée de projets en alternance
     

COMPETENCES PSYCHOSOCIALES des enfants et jeunes ados (3-15 ans)

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