État des lieux franciliens du déploiement des CPS

Citation a valider avec l'intervenant : " Le travail entre les institutions, entre les différents porteurs de Politique Publique, c’est vraiment un outil, pour nous, d'adaptation politique aux enjeux réels de la population qu’on souhaite toucher."

Gwendal Bars
Responsable du département Politiques territoriales et urbaines en promotion de la santé à l’ARS Île-de-France

Bonjour à toutes et à tous. 

L’idée est de commencer par un rapide état des lieux sur : où en est-on sur la mise en œuvre et le terrain de programmes et d’interventions qui visent le renforcement des compétences psychosociales des enfants et des ados ? 

Pour rappel, nous avons un objectif très ambitieux qui a été rappelé en introduction, toucher 200 000 enfants de moins de douze ans d’ici 2028 avec cette logique de réduction des inégalités de deux manières : d’une part, sur la question territoriale puisqu’on voit bien qu’il y a des gros écarts entre les territoires. Et à travers cette question territoriale, la question des inégalités sociales de santé, puisqu’on sait bien, également, comme ça a été dit plusieurs fois, que les besoins sont différents en fonction des populations, et de leur contexte de vie.

Pour pouvoir le faire, on s’était donné comme objectif de mettre en place,un pilotage partagé avec l’Éducation nationale, les Conseils Départementaux, les services de l’État et les collectivités, à travers des comités territoriaux dans chaque département, puisque l’idée est de s’adapter aux territoires. Et on a également un objectif sur lequel on travaille encore qui est de faire émerger dans toute la région, des acteurs - que ce soit des acteurs associatifs, que ce soit des professionnels formés dans des structures ou dans des collectivités, ou dans différents milieux - capables de porter, soit des interventions auprès des enfants et des jeunes, soit de former d’autres professionnels : des enseignants, éducateurs. Finalement former tous les professionnels qui interviennent auprès des jeunes.

On a deux axes un peu spécifiques à l'Île-de-France. Ces objectifs sont aussi dans l’instruction évoquée en introduction de la rencontre. En Île-de-France, on a fait le choix, au regard des spécificités de la Région, de concentrer notre action sur le lien avec la Politique de la Ville, d’une part, puisqu’on a quand même un million et demi d’habitants qui habitent dans les quartiers prioritaires et donc, beaucoup d’enfants et d’adolescents ; dont on sait que ce sont des territoires où, malgré les efforts de l’ensemble des acteurs, il y a quand même moins d’offre, moins d’interventions, etc. Donc, on voulait avoir ça en tête pour ne pas reproduire ces écarts dans cette politique.
Et, également, de faire évoluer les programmes portés par des opérateurs ou des partenaires que nous avions déjà du côté de l’Agence pour les faire entrer dans cette nouvelle dynamique, les inciter, potentiellement, à se mettre à jour, en quelque sorte, etc… Donc, leur donner aussi les outils nécessaires.

Pour ça, on a, évidemment, tout un tas d’outils institutionnels, etc., mais le principal, sur lequel je voulais insister, et qui sera évoqué dans les tables rondes tout à l’heure, c’est l’importance des comités territoriaux pour le pilotage. On en a un par département, aujourd’hui, qui réunit les organisateurs de cette politique et un certain nombre de partenaires, qui varie selon le territoire, selon les dynamiques locales. C’est important puisque, pour adapter aux conditions du territoire, il faut connaître ce territoire dans la finesse.

On sait bien que ce n’est qu’une porte d’entrée, c’est une vision macro, et le travail entre les institutions, entre les différents porteurs de Politique Publique, c’est vraiment un outil, pour nous, d'adaptation politique aux enjeux réels de la population qu’on souhaite toucher.
Les comités territoriaux, de ce fait, vont avoir une base fondamentale qu’on retrouve partout, entre l’ARS, l’Éducation nationale, les autres services de l’État et le Conseil Départemental. Ensuite, ils peuvent avoir des périmètres variables en fonction des acteurs les plus impliqués, d’acteurs peut-être moteurs depuis longtemps sur ces sujets là, etc.

L’enjeu de ces COTER, c’est de se mettre d’accord sur : où on priorise les ressources, quels sont nos besoins, est-ce qu’il faut former des gens, est-ce qu’il faut aller déployer des interventions avec des associations, former dans quels territoires, allouer des budgets… enfin, la conduite de l’action publique, au plus proche. Pour outiller cette démarche là, toujours dans cette logique de travailler sur les inégalités sociales et territoriales, on a souhaité disposer d’un tableau de bord unifié pour un maximum d’interventions. C'est-à-dire de pouvoir objectiver où se passent les interventions, quels territoires sont concernés, quelles écoles, quels établissements du secondaire, quels centres de loisirs, etc.

Parce qu’on sait bien que dans une même commune, deux écoles différentes ont des profils sociaux différents et si on souhaite travailler sur les inégalités, se contenter d’une carte communale, ça ne suffit pas. Et ça, c’est un effet qu’on a pu constater aussi, par l’expérience, avant la stratégie multisectorielle. Comme le disait Jean Fabre-Mons tout à l’heure, ça fait une dizaine d’années qu’on est engagés sur ces sujets. Et on a pu constater que malgré des intentions tout à fait louables et tous les efforts du monde, parfois, on n’arrive pas à mettre en place les choses là où on le souhaiterait, pour plein de raisons : le contexte est trop compliqué, on n’arrive pas à s’associer avec les professionnels, il y a des travaux préalables à mener, etc.

Et donc, on a pu se retrouver à faire l’inverse de ce qu’on annonçait et à amplifier les inégalités. Puisque, en réorientant une action d’une école vers l’école d’un quartier un peu plus loin mais qui n’a pas du tout le même profil social, ou d’une commune à la commune d’à côté, en fait, on peut totalement inverser la logique de ce qu’on fait. On veut, avant tout, éviter ça. Par les COTER, qui ont la connaissance fine et par l’objectivation de ce qu’on fait, via un tableau de bord unifié qui reprend les actions financées ou cofinancées par l’Agence, et dans certains départements, les actions portées par l’Éducation nationale. C’est des travaux en cours dans les différents COTER, donc, c’est un processus qui a vocation à s’élargir. Cela nous permet de commencer à avoir une vision sur ce qu’on fait puisqu’on s’est donné un objectif de 200 000, il faut bien qu’on soit capables de compter, notamment, à travers un outil de cartographie. 

L’idée est que cette cartographie qui est interactive, soit à disposition de l’ensemble des acteurs, pour pouvoir mettre en regard un profil de territoire et ce qui s’y passe. 

Globalement, qu’est-ce qu’on peut voir à partir de cette carte ? 

Les couleurs représentent, pour nous, l’indice de développement humain. Donc, c’est un indicateur synthétique construit à la demande de l’Agence pour classer les communes en fonction de leur niveau de difficultés sociales et d’inégalités sociales de santé. 
On constate qu’historiquement, on a beaucoup de programmes concentrés dans la métropole du Grand Paris. C’est un effet historique puisqu’en fait, on a des acteurs et des établissements engagés depuis longtemps, etc. Et on voit qu’on a un enjeu de compléter ce maillage dans les territoires rouges et oranges, principalement, sur la carte, qui sont des territoires plus en difficulté. Il faut mettre ça au regard du nombre d’enfants, de la densité scolaire, etc. C’est des choses qui peuvent venir, pour le coup, de l’analyse fine faite par les comités territoriaux. Mais ça nous permet, aussi, de se rappeler d’où on en est réellement. 

On constate, par exemple, qu’on a des efforts assez importants à faire dans les départements de grande couronne, parce qu’il faut qu’on arrive à mobiliser des acteurs. Les partenaires de ces territoire là nous le disent qu'une des difficultés, c’est de réussir à avoir des intervenants formés, etc. C’est un axe de notre travail et aussi, réorienter des interventions ou de les compléter quand elles se font dans des territoires déjà impliqués, pour que ce soit étendu à d’autres écoles ou à d’autres établissements, ou que ce soit étendu au périscolaire, etc.
C’est pour cela qu’on met l’accent, notamment, dans notre stratégie, sur le travail avec les Cités Éducatives qui sont un outil de pilotage idéal pour aller faire le dernier kilomètre de la mobilisation, en quelque sorte, avec toutes les parties prenantes qui sont les principaux concernés.

La cartographie est accessible à tous. Elle sert à outiller les COTER et les acteurs associatifs qui cherchent, peut-être, des propositions à faire, à des financeurs. Elle est faite, vraiment, pour un usage partagé.

On a pu analyser, un peu qualitativement, ce qu’on fait jusque là. Notamment, sur l’année scolaire 2023-2024, parce que l’enquête pour l’année scolaire 2024-2025 est en démarrage. Ce qu’on peut voir, c’est qu’on a déjà une grande disparité par départements, ce que je vous disais tout à l’heure. 

On a aussi une grande disparité sur les âges. Et ça, c’est un sujet qui est vraiment important puisque la question des compétences psychosociales, c’est aussi la question de l’intervention précoce. On sait, dans tout ce qui a été travaillé, qu’il est plus utile et plus efficace, de commencer avec des enfants avant le collège. Or, on remarque un effet historique puisque certains programmes historiques étaient issus de la prévention des addictions, par exemple, qu’on a majoritairement, pour l’instant, des enfants de plus de onze ans, donc, en fait, des adolescents, notamment des collégiens, quand on analyse les données, concernés par les programmes. 
Donc, en termes de publics touchés, le grand objectif, c’est de faire augmenter la part verte dans ce qu’on fait. C'est-à-dire, de toucher les enfants qui sont à l’école élémentaire, dans tous leurs milieux, on parle des âges de l’école élémentaire, mais ça peut être en périscolaire aussi, ça peut être du travail avec les collectivités, avec les clubs sportifs, avec tout un tas d’acteurs. On voit bien que si l'on veut atteindre l’objectif, et du PRS et de la stratégie nationale, l’effort est vraiment à porter sur ces âges-là. Même si ce qui est fait auprès des collégiens est tout à fait intéressant, légitime, et va continuer, on voit bien qu’on a un retard et un décalage sur les moins de onze ans.

En termes de tranches d’âges, on voit, globalement, qu’on est sur un tiers des bénéficiaires. On a des bénéficiaires de plus de 18 ans. Pourquoi ? Parce qu’en fait, on voit que pour déployer ces interventions, il y a la question de la formation d’adulte qui inclut aussi du travail sur leurs propres compétences psychosociales pour pouvoir projeter les bonnes attitudes, etc., en animation. Et aussi, on se questionne : il y a des tests avec certaines associations, auprès des grands adolescents, notamment auprès des dispositifs d’insertion, la Mission locale, etc.

Et en termes d’objectifs explicites assignés au programme, comme les interventions peuvent avoir plein d’objectifs différents, on voit bien que la prévention des conduites à risques, comme premier objectif, quantitativement, en nombre de jeunes touchés… ça, c’est l’historique issu de l’écosystème de la prévention des addictions. L’amélioration du climat scolaire qui est un objectif de beaucoup d’interventions, aussi. Et le bien être et la santé mentale. Ensuite, on a, marginalement, la question de la parentalité et d’autres objectifs qui sont plutôt minoritaires, la question de la parentalité qui a vocation, aussi, à prendre de plus en plus de place.

 

Je voudrais conclure sur la démarche qu’on a lancée cette année, très rapidement, autour des Cités Éducatives, puisque c’est une démarche qui a pu prendre son envol grâce au travail qu’on a mené, conjointement avec les collègues de la Préfecture de Région, autour de la Politique de la Ville. 
Pour concrétiser les intentions exprimées au début de cette présentation, on a décidé de flécher des crédits vers des Cités Éducatives, en leur demandant simplement de se porter volontaires pour accueillir des interventions, pour s’acculturer, ou pour renforcer des interventions qui étaient déjà expérimentales, dans une logique, justement, d’adéquation avec les besoins. C'est-à-dire que forts du constat évoqué au début, d’avoir financé des actions qui, finalement, n’ont pas lieu, ou ont lieu ailleurs, on a pris le problème à l’envers : on est partis des intentions, des milieux de vie des jeunes et des ados.

Grâce au partenariat avec l’ensemble des acteurs, on a eu un grand nombre de candidatures, puisque nous avons plus de 35 candidatures de Cités Éducatives sur ce programme, dont nous avons retenu 27 Cités Éducatives pour lesquelles on est en pleine négociation pour mettre en place les accompagnements à partir du début de l’année prochaine. On est en plein travail de conventionnement. 

Et on voit bien que ça a permis une mobilisation et un booster, en fait, sur ces sujets, en respectant l’intention initiale qui est de dire : on sait que les Cités Éducatives sont labellisées parce qu’il y a une mobilisation d’acteurs, parce que le territoire est un territoire qui a des indicateurs défavorables sur tout un tas d’enjeux, que les enfants ont des vulnérabilités et des besoins. Bref, on a un moyen de ne pas passer à côté des objectifs qu’on s’est fixés. Je voulais en dire un mot parce que ça peut être une manière de faire qu’on reproduira peut-être. En tout cas, c’est, pour nous, une expérience qu’on juge vraiment satisfaisante à ce stade. Je laisserai les intervenants parler dans les tables rondes, s’ils le souhaitent, certains sont impliqués. 

micro

Rencontre francilienne sur les inégalités de déploiement des CPS