Expériences pour inspirer le passage à l’action

Cette table ronde animée par Caroline Veltcheff conseillère technique prévention violences, harcèlement, climat scolaire au Rectorat de Paris, membre du laboratoire Bonheurs de l’Université de Cergy-expert national climat scolaire-superviseur pHARe, a pour objectif d'inspirer le passage à l'action pour déployer des actions ou programmes CPS grâce aux partages de retours d'expériences

  • - La création et les actions du COTER CPS 95 - Diane Pirès, responsable du département Promotion de la santé et réduction des inégalités, Délégation départementale du Val d’Oise de l'ARS Île-de-France et Laurence Cairon, infirmière conseillère technique, Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) du Val d’Oise sur l'animation du Comité territorial du 95
  • - Le programme « unplugged » - Clara Houdaille, Chargée de projets, à la Fédération Addiction de la coordination un levier essentiel du programme « unplugged »
  • - Le programme « vivre ensemble-Fri for mobberi »  - Julien Garbarg Chenon,  Délégué éducation et culture, à la Fédération de Paris de la Ligue de l’enseignement sur les piliers du programme « vivre ensemble-Fri for mobberi »
  • - La Cité Simone Veil, un lieu qui favorise la collaboration de tous les intervenants auprès des enfants - Ingrid Lukowski, Cheffe de projet opérationnelle de la Cité Éducative de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) et Julie Dieudonné-Trochon, Coordinatrice santé de la Ville de Chanteloup-les Vignes
  • - Le COTER 75 : une dynamique collective - Céline Poullain, Responsable du département Prévention et Promotion de la Santé et Alexandre Laurent, Chargé de mission Prévention et Promotion de la Santé, Délégation Départementale de Paris de l'ARS Île-de-France

 

La création et les actions du COTER CPS 95 - Diane Pirès et Laurence Cairon 

L’idée, c’était simplement de vous donner un petit peu la dynamique sur le territoire du Val d’Oise. La question des compétences psychosociales, même avant la mise en place du COTER, le Comité Territorial, c’est qu’au sein de l’ARS, on avait déjà fait des focus pour essayer de sensibiliser les partenaires avec qui on travaillait sur la question des compétences psychosociales, en essayant de déployer des programmes probants, en essayant de diffuser les critères d’efficacité du référentiel de Santé Publique France. Donc, c’était déjà un sujet sur lequel on avait fait des focus, à la fois, auprès des partenaires associatifs et aussi auprès des coordonnateurs des Contrats Locaux de Santé et des Conseils Locaux de Santé Mentale

Ensuite, la mise en place du COTER s’est appuyée sur un comité qui préexistait déjà au COTER, qui s’appelait le Comité départemental de prévention promotion de la santé, et qui réunit l’ARS, l’Éducation nationale, le Conseil Départemental, mais aussi la Préfecture et l’Assurance maladie. L’idée était d’évoquer ensemble les sujets autour de la prévention, de manière générale. On a mis à l’ordre du jour de ce comité, le sujet des compétences psychosociales. Ce qui est intéressant, chez nous, c’est qu’on avait déjà cette culture de travailler ensemble en inter institutions, sur des sujets autour de la promotion de la santé. Et donc, les compétences psychosociales sont venues comme un des nombreux sujets sur lesquels on travaillait de manière collégiale. 

Ce COTER-là qui a démarré officiellement sous sa forme COTER en 2023, nous a permis de travailler sur : diagnostic partagé des besoins. Donc, on a pris les cartes en se demandant qu’est-ce qui existe déjà ? Avec la difficulté, quand même, d’identifier tout ce qui existe.
Donc, on a déjà fait une cartographie de ce qui est financé par l’ARS, parce que c’est plus facile pour nous. Ce premier diagnostic, état des lieux de ce qui existe, de ce qu’on estime comme prioritaire, où est-ce qu’on voudrait déployer.

On constate grâce à cette carte, qu' il y a des territoires sur le département, qui ne sont pas touchés ou qui sont assez vides par rapport aux informations que l’on a. Et on a pris la décision d’organiser un séminaire commun. Il y a un petit biais quand même pour ceux qui ne connaissent pas le val d’Oise, c’est que toute la partie Ouest, c’est ce qu’on appelle le Vexin, c’est un territoire extrêmement rural où la densité de population, est plus faible, où il y a moins d’acteurs de prévention, moins d’associations, etc., donc, qui est, on le voit, assez vide sur ce territoire, mais aussi beaucoup moins dense. 

En novembre 2023, on a réuni autour d’un séminaire, effectivement, différents professionnels, dans le but qu’ils acquièrent une culture commune, parce que chacun parlait CPS dans son coin. Et l’idée, c’était aussi de permettre à tous ces professionnels de se connaître, d’apprendre à travailler ensemble et, finalement, de mettre en lumière, aussi, ce qui fonctionnait bien, dans le but d’avoir une meilleure efficacité pour nous.

On a pu, lors de ce séminaire, après une partie un peu plus théorique, pour remettre les connaissances de tout le monde à égalité, présenter les différents ateliers de programmes prometteurs ou probants. Quatre ateliers : un atelier avec « unplugged » un atelier « feel good », et deux autres ateliers, plutôt sur les maternelles et la petite enfance. En tant qu’adultes, on a testé des actions de chaque programme, et ça a permis à tous les adultes de se rendre compte qu’il y avait des actions à faire, des partages de connaissances à engager, afin de pouvoir en faire profiter tous nos élèves.

On a élargi, aussi, ce COTER à d’autres personnels pédagogiques et, notamment, au Service départemental à la jeunesse, à l’engagement et aux sports (SDJES), avec des nouveaux axes de développement qui ont été identifiés. Et ça a permis, en juin 2025, de faire un séminaire, par exemple, sur l’usage des compétences psychosociales dans l’encadrement sportif, avec cette idée d’aller aussi en dehors de la classe en tant que telle, avec tous les enjeux qu’on a évoqués tout à l’heure.

Retours sur le programme « unplugged » - Clara Houdaille

Je suis Clara Houdaille, chargée de projet à la Fédération Addiction et coordinatrice du programme « unplugged » au niveau national, également référente pour la Région Île-de-France. 

La Fédération Addiction, en quelques mots, c’est le premier réseau d’associations et de professionnels d’addictologie

Qu’est-ce que c’est « unplugged » ? 

« Unplugged », c’est un programme de prévention des conduites addictives, à travers le développement des compétences psychosociales qui se situent en milieu scolaire. C’est destiné aux classes de sixième et cinquième, principalement, mais également aux classes, dites à besoins spécifiques : les classes SEGPA, ULIS, classes allophones, classes relais, par exemple.

Pour la petite histoire, le programme « unplugged », c’est un programme, de base, qui est européen, et qui, aujourd’hui, a une envergure internationale. Il est notamment déployé au Brésil, en Côte d’Ivoire. Mais en France, c’est en 2013 que des structures l’ont amené, de manière assez locale. Ils ont travaillé, vraiment, sur une adaptation des outils en langue française. Et petit à petit, le programme s’est structuré jusqu’en 2016, 2017, où Santé Publique France a fait une évaluation du programme dans le Loiret. C’était sur des élèves de 12 à 14 ans dans 12 collèges et 66 classes. Je ne vais pas rentrer dans les détails, mais vous présenter les principaux résultats.

Le programme a montré son efficacité. Son efficacité pour prévenir et retarder les premières expérimentations et diminuer les consommations de tabac, de cannabis, et des premiers épisodes d’ivresse. On a également remarqué un effet bénéfique sur des compétences psychosociales, sur des méthodes des médiateurs ciblés qui sont des déterminants dans les conduites addictives et, plus largement, les conduites à risques. Également, des effets auxquels on n’avait pas pensé en 2016-2017, ce sont des effets bénéfiques sur le climat scolaire perçu. Donc, une amélioration nette de l’ambiance de la classe. Là, on fait référence au programme pHARe, à tous les programmes qui luttent contre le harcèlement scolaire. Et pour finir sur les résultats de cette évaluation, on a observé un impact d’autant plus important sur les conduites addictives et sur les compétences psychosociales des élèves situés dans des établissements défavorisés : QPV, REP+, REP. 

Les résultats ont été positifs, ce qui fait de « unplugged », un programme probant. Probant grâce à cette évaluation. Aujourd’hui, le programme est déployé par la Fédération Addiction dans onze régions, avec le soutien des ARS. 

Pour entrer un peu plus en détails dans le programme, c’est un programme, comme je l’ai déjà dit, qui met l’accent sur trois composantes : l’alcool, le cannabis et le tabac, avec, notamment, une ouverture sur les écrans, les réseaux sociaux et les jeux vidéo. Mais au-delà de ça, vraiment, c’est travailler sur les compétences psychosociales des élèves. Donc, ça va être décrypté avec les attitudes négatives et positives à l’égard des substances psycho actives, les croyances sur les substances, également, leurs effets, mais également l’influence et les attentes du groupe. Et tout ça, pour développer l’esprit critique des élèves, et travailler sur les CPS : la confiance en soi, l’expression de soi, le respect des autres, les habilités interpersonnelles à communiquer, l’affirmation de soi et tout ce qui est conciliation.

Ce programme dure douze séances de une heure. Ces séances vont être interactionnelles et expérientielles. Elles vont se dérouler en classe entière avec, vraiment, un côté ludique. L’idée, c’est qu’on n’est pas des élèves qui sont assis pendant une heure sur leur table à écouter un grand expert qui va leur expliquer que la drogue c’est mal, qu’il faut savoir dire non. Vraiment, c’est d’apporter ce côté ludique et en interaction, pour rendre vraiment les élèves acteurs du programme.

Ce programme est mené selon un principe, dans ce qu’on va appeler : une co animation dégressive.

  • Co animation, parce que le programme est porté par un binôme : un professionnels du secteur de la prévention, pour pouvoir animer le programme, qui a fait trois jours de formation ; et un membre de l’équipe pédagogique du collège, principalement, un enseignant, parce que c’est lui qui va suivre les élèves de manière hebdomadaire, qui connaît le mieux la classe, mais également, tous les membres de l’équipe pédagogique qui sont en lien avec les élèves. Ça va être : le Principal, la CPE, l’infirmière scolaire, notamment, qui est souvent une personne ressource au sein des établissements, qui va souvent faire le lien avec la structure de prévention qui les accompagne.
  • Dégressive parce qu’en fait, le programme est prévu pour donner cet empowerment, cet empouvoirment au professeur. L’idée c’est que la première année, c’est les douze séances qui ont être co animées, avec le professionnel de la prévention. La deuxième année, ça va être seulement six séances qui vont être co animées et l’enseignant va animer, seul, six séances. Et l’année 3, 4, 5, 6, etc., l’enseignant va animer seul neuf séances, et trois séances qui vont être co animées avec le professionnel du secteur de la prévention.

Pourquoi on garde ces trois séances qui sont, même quand le professeur a acquis de l’expérience ? C’est qu’il y a trois séances dans le programme, qui sont spécifiques sur les substances. On va appeler les séances dites addicto, et, en fait, l’idée, c’est que : oui, il y a des avancées, on a de nouveaux chiffres, on a de nouvelles informations, c’est que l’enseignant qui n’est pas expert sur le domaine, puisse actualiser son savoir, mais également de créer un lien. Créer un lien à l’extérieur du collège, de pouvoir présenter et d’introduire aux élèves, une personne ressource, une personne clef, une personne extérieure au collège, qui pourra l’accompagner sur les sujets de prévention, à l’extérieur. C’est pour ça, une des choses primordiales dans le programme, c’est que ça soit une structure de prévention qui soit locale qui accompagne les collèges, sinon, on perd tout ce sens d’accompagnement local et de maillage territorial.

Quelques chiffres au national 

Depuis 2019, on compte plus de 100 opérateurs, donc, 100 structures de prévention qui sont impliquées dans le programme. Plus de 3 500 membres de l’Éducation nationale qui sont formés à « unplugged » et environ 70 000 élèves qui ont pu bénéficier du programme.

La coordination comme levier principal

Pour finir, vraiment, le levier, l’enjeu principal d’« unplugged », c’est la coordination. Donc, moi, mon  travail principal, c’est la coopération entre les institutions. Elle se fait à plusieurs échelons, notamment un échelon national pour vraiment créer une cohérence dans les pratiques de chacun. On travaille ça avec notre groupe de formateurs national qui, aujourd’hui, compte près de 80 formateurs plus ou moins investis dans le projet. Mais, c’est, avant tout, à des échelons plus fins. Je pense notamment à un échelon régional, voire académique, et même, pour certaines régions, qui est départemental. Cette collaboration est indispensable pour, déjà, avoir une vision d’ensemble sur ce qui est fait sur le territoire et ne pas avoir des zones où il n’y a absolument aucun programme qui est mis en place et éviter un mille feuilles, avec des collèges qui se retrouvent à avoir quatre, cinq programmes, et qui ne savent plus où donner de la tête. Vraiment, c’est réfléchir à un maillage qui a du sens et travailler à une interconnaissance entre les professionnels qui viennent de secteurs très divers. 

Donc, ça va être un travail, notamment, à travers l’organisation de comités de pilotage, de réunions de travail, de groupes de travail, tout au long de l’année, qui vont concerner les opérateurs sur le terrain, l’ARS, et également le Rectorat. On est sur un programme qui est en milieu scolaire, sans le Rectorat, on ne peut rien faire. Le Rectorat, ça permet de nous aider à cibler des collèges, de savoir où est-ce qu’il faut aller, où sont les besoins, et de pouvoir travailler en bonne intelligence. C’est vraiment la clef de notre travail.

 

Retours sur le programme « vivre ensemble-Fri for mobberi »  -  Julien Garbarg Chenon

Qu'est-ce que le programme  « vivre ensemble-Fri for mobberi » ?

Je suis là au titre du programme « vivre ensemble-Fri for mobberi », et dont la consonance du nom vous indique qu’il vient du Danemark. C’est un programme de prévention précoce du harcèlement. Précoce, parce qu’on s’adresse aux enfants, de 0 à 9 ans. Ce programme s’adresse à tous les adultes, qui vont intervenir autour des enfants. C'est-à-dire qu’on s’adresse au personnel de la petite enfance, qu’on s’adresse aux enseignants, qu’on s’adresse également aux ATSEM qui travaillent avec ces enseignants, qu’on s’adresse aux professionnels du périscolaire et qu’on s’adresse, bien sûr, aux parents et aux familles.

Á travers tous ces adultes qui vont mettre en place un certain nombre d’activités, et au-delà de ces activité, qui vont adopter une posture particulière, qui va leur permettre d’agir auprès de ces enfants, à partir du moment où ces enfants, et vous l’avez très bien dit tout à l’heure, agissent et vont grandir au sein de ce qu’on peut appeler des communautés, des groupes, des ensembles, qu’ils n’ont pas choisis, mais dans lesquels, ils vont, de fait, évoluer, et qui vont impliquer d’autres sortes de communautés sur lesquelles on travaille également qui est la communauté des enseignants, qui est la communauté des parents, qui est la communauté éducative au sens large.

Pourquoi ce travail sur les communautés ? Ça part d’un constat relativement simple et qui est étayé par la recherche : la manière dont naît le harcèlement. On sait, maintenant, et c’est assez établi que le harcèlement n’est pas un problème d’individu isolé, mais un problème de dynamique de groupe. Le harcèlement intervient dans des collectifs qui peuvent être fragiles, insécures, dans lesquels un enfant, pour des raisons qui lui appartiennent, va se sentir menacé ou même se sentir exclus. Et pour répondre à son besoin d’appartenance et s’assurer une place dans le groupe, va adopter un comporter qui va pouvoir s’avérer négatif envers un autre enfant. Et donc, on va insécuriser encore plus le groupe et ça va créer une sorte de cercle vicieux fortement négatif.

Á partir de cette idée-là, on va se dire qu’on va tout faire pour éviter que ces dynamiques de groupe toxiques s’installent et faire en sorte que les communautés dans lesquelles l’enfant évolue soient positives.

Pour ça, trois leviers, trois objectifs assez clefs :

  • Premièrement : s’intéresser à cette dynamique de groupe, porter une attention particulière et donc, les travailler, parce que ces dynamiques de groupe, ne se font pas toutes seules. C’est la responsabilité des adultes d’y travailler et de faire en sorte de mettre en place les conditions pour que ces dynamiques de groupe soient porteuses pour les enfants qui vont évoluer.
  • Deuxièmement, et je ne vais pas m’attarder là-dessus : développer les CPS, mais particulièrement les compétences sociales, puisque c’est de ça dont il s’agit, et les compétences émotionnelles.
  • Troisièmement, et c’est aussi particulièrement important : travailler sur la posture des adultes et les aider à être des modèles positifs. Vous l’avez dit à l’instant, — j’ai noté parce que je ne connaissais pas l’expression — les collectifs d’adultes sont sur déterminants. Donc, il faut qu’ils puissent eux-mêmes, adopter leur posture, et changer leur posture, leurs gestes professionnels, leurs gestes parentaux, pour être ces modèles positifs pour les enfants et pour que cette culture autour de ces dynamiques de groupe, soit porteuse et s’installe dans la durée.

Les piliers du programmes

Pour ça, on agit avec trois leviers :

  • Premièrement, de la formation : et on forme tous les professionnels qui interviennent autour des enfants. Alors, parfois, c’est un frein, c’est parfois une difficulté. C’est difficile de former en même temps les équipes du périscolaire avec des équipes du scolaire qui travaillent, par définition, sur des temps opposés et puis, qui ont des employeurs qui sont différents. Mais bon, on essaie de lever, dès que c’est possible, ce type de frein. On les forme, à la fois, au fondement du programme, à ce changement de posture, au travail sur la culture collaborative entre adultes et avec les parents, et à l’utilisation d’un certain nombre d’outils qu’ils vont pouvoir, ensuite, déployer.
  • La mise à disposition d'outil est un deuxième pilier du programme. C’est ces fameux outils : les outils qui peuvent être déployés auprès des enfants par les professionnels, mais aussi des outils qui vont être utilisés au sein des équipes de professionnels et qui sont dédiés aux relations entre les professionnels. Quand je vous dis qu’on travaille ces dynamiques-là, il y a aussi des outils qui sont pour ce groupe-là. Et puis, des outils destinés à être travaillés avec les parents, pour animer, par exemple, des cafés des parents, un certain nombre de manières de présenter, également, et d’associer les parents au processus.
    Une petite chose qui est à préciser également : ce « Fri for mobberi » n’est pas une méthode, ce n’est pas quelque chose à dérouler. J’emploie le mot outil de manière très volontaire. C'est-à-dire que c’est des briques dont l’enseignant ou l’éducateur peut s’emparer à bon escient et qu’il doit adapter à son contexte professionnel, qu’il doit adapter aux élèves qu’il a en face de lui, qu’il doit faire résonner, finalement, dans sa pratique, et qui doit s’intégrer. C’est surtout pas quelque chose en plus qui se rajoute, c’est quelque chose qui s’intègre, et c’est quelque chose qui doit s’adapter. Et le programme, de base, il est conçu pour ça.
    C'est-à-dire, je vous donne un exemple parmi d’autres : on travaille avec ce qu’on appelle des planches de discussion, qui exposent des situations qui peuvent être à destination des adultes ou bien à destination des enfants, des situations où il y a, justement, des éléments relationnels qui rentrent en jeu. Ces planches de discussion, elles sont destinées à ouvrir une discussion, et à faire résonner avec des expériences vécues, au sein du groupe auquel on s’adresse. Elles ne sont surtout pas destinées à apporter une réponse unique, simpliste, non adaptée, déconnectée des réalités locales, mais plutôt à susciter la réflexion et à trouver ensemble, des modalités d’actions, des réflexions, et des choses qui vont s’installer.
  • Le troisième pilier du dispositif, c’est quelque chose qui s’inscrit dans la durée. C'est-à-dire qu’il y a une continuité dans les différents outils et dans les formations qu’on va proposer entre les trois tranches d’âges, qui sont nos trois tranches d’âges cibles : le 0-3 ans, le 3-6 ans, et le 6-9 ans. Il y a aussi une continuité et un vrai enjeu pour nous, à engager toutes ces équipes dans la durée. Notre intervention ne se limite pas à une formation et on vous laisse une mallette d’outils, mais on engage tous ces professionnels, et toutes ces personnes qui sont impliqués, dans une communauté d’utilisateurs, qui vont partager des pratiques, analyser ces pratiques, alimenter avec des nouvelles ressources qui peuvent être tout à fait pratiques, mais aussi des ressources pour faire réfléchir sur ces postures et ces petits pas de côté qu’on a besoin de faire dans ces cas-là. 

Lien avec la recherche

Juste pour vous donner un élément de contexte sur le lien entre ce programme et la recherche : on l’a dit en introduction, c’est un programme qui est déployé depuis plus de vingt ans au Danemark et qui a bénéficié d’études d’impact dans ce contexte danois, qui est fortement déployé. Il touche à peu près 60% des établissements petite enfance et enfance dans ce contexte-là. Il a été mis en œuvre en France en 2022, mais dès son adaptation, et c’est bien une adaptation, ce n’est pas une traduction des outils, on a veillé à être accompagnés par la recherche, l’Université Paris 8, le laboratoire de Thomas Villemonteix, qui a accompagné une phase pilote d’adaptation des outils et c’est suite à cette phase pilote qu’on a pu généraliser un petit peu les choses.
Et puis, on a lancé, cette année, une grande étude longitudinale, assez inédite, en tout cas, dans ce contexte-là, qui va suivre une cohorte de plus de 6 000 enfants, 220 écoles impliquées sur tout le territoire national, que vous retrouvez sur la carte.


Donc, on suit une cohorte qui est actuellement en petite section. On va la suivre jusqu’à son entrée au collège en CM2, pour mesurer l’impact de ce type de programme.

La Cité Simone Veil, un lieu qui favorise la collaboration de tous les intervenants auprès des enfants - Ingrid Lukowski et Julie Dieudonné-Trochon

Ingrid Lukowski, je suis cheffe de projet opérationnelle pour la Cité Éducative de Chanteloup et Julie Dieudonné, coordinatrice du Contrat local de santé et en charge de la partie santé sur la Cité Éducative.  La particularité de la Cité Éducative de Chanteloup, est que le label Cité Éducative, est lié à un projet de construction de la Cité Simone Veil. La Cité Simone Veil, c’est un lieu qui vise à favoriser la collaboration de tous, de tous les intervenants qui ont affaire auprès des enfants, sur tous les temps de l’enfant.

Pour l’instant, nous avons un lieu expérimental, qui est la Cité Champeau, à l’intérieur de laquelle, travaillent ensemble les animateurs du périscolaire, les ATSEM, les enseignants, les services de la Ville et les associations.

Pour mener ce projet on a identifié tout d’abord un quartier qui fait partie de la rénovation urbaine. L’idée, c’était d’améliorer, en même temps, l’aspect urbain et de développer, surtout, le travail collaboratif, pour proposer aux enfants, puisque la Cité Éducative vise les jeunes de 0 à 25 ans, un panel et une intervention globale. C'est-à-dire qu’actuellement, dans cette Cité Champeau qui fait préfiguration, la salle de pause des enseignants, est aussi la salle de pause des ATSEM et des animateurs. C’est la troisième année, c’est très favorable à la collaboration, à l’échange, et tout le monde travaille de manière vraiment collaborative, dans le même sens, pour le bien être des enfants.

Nous avons, à Chanteloup, également, un centre social qui travaille de manière très resserrée avec la Cité Éducative, et un collectif de 120 parents, à peu près, qui sont impliqués dans la programmation de la Cité Éducative, dans les actions, et, en même temps, dans ce projet de construction de Cité Simone Veil. Á chacune des instances et chaque réunion, deux à huit parents participent et ils sont entendus au même titre que les enseignants, que les ATSEM ou que les animateurs, sur leurs préoccupations.

Par rapport aux CPS, nous avons, évidemment, différentes actions qui sont mises en place, ma collègue va vous les présenter. Juste pour préciser, la globalité de l’intervention de la Cité Éducative, nous avons un référent numérique qui travaille sur la Cité Éducative et qui s’adresse aussi bien aux grands-parents, aux jeunes, aux professionnels, et qui propose différents actions sur les aspects, évidemment, dangereux qui peuvent être associés au numérique, mais surtout, aux possibilités que le numérique peut proposer, notamment aux populations qui sont dans les quartiers Politique de la Ville et qui n’ont pas forcément accès et sont très éloignées de la pratique du numérique.

Nous avons aussi une personne qui suit particulièrement les lycéens, puisque sur Chanteloup, nous n’avons pas de lycée. Une fois que les enfants partent au lycée, ils sont répartis sur 25 établissements différents et nous avons pu nous rendre compte qu’ils étaient totalement perdus quand ils arrivaient dans un autre environnement, qui n’est pas forcément le leur. Cette personne les suit et elle propose différentes actions, notamment le dispositif Amb’Re pour les aider dans la réussite scolaire, des actions pour préparer l’oral de français. Et, en tout cas, cette personne fait un suivi sur la considération que ces jeunes peuvent avoir d’eux-mêmes, et les aident à s’intégrer plus facilement dans un autre établissement que leur collège d’origine. C'est-à-dire qu’ils perdent leurs repères, un peu, quand ils passent au lycée. Voilà, donc, pour la partie Cité Éducative, de manière globale. Et je vais laisser la parole à ma collègue qui s’occupe de la partie santé, et qui aura une place, également, prévue au sein de cette Cité Simone Veil, où tous les champs d’implication, les parents, les associations, la santé, seront inclus avec l’école et le périscolaire.

Comment s'est construit le fait de essayer de trouver une cohérence dans tout ce qui peut se faire autour des CPS ? Le grand avantage, la Cité Éducative de Chanteloup est née en 2019. Quand je suis arrivée au niveau du Contrat Local de Santé, les grands axes étaient déjà posés. La Cité Éducative, c’était aussi un budget dans lequel on pouvait voir apparaître quelques petits bouts de CPS. Á partir de ce moment-là, on a commencé à essayer de réfléchir, aussi, avec des actions, des programmes un peu plus probants, entre autres « primavera » qui nous avait été proposé. C'était commencé à réfléchir, déjà, ensemble. On le dit souvent à Chanteloup : il faut tout un village pour éduquer un enfant. Et ça, ça marche bien à Chanteloup. 

On a commencé à réfléchir à quel endroit il était le plus pertinent de pouvoir positionner ce programme ? Est-ce que c’était cohérent avec les besoins ? Parce qu’au-delà de la Cité Champeau, Nous avons six groupes scolaires, deux collèges et l’intégralité est soit REP, soit REP +. 
Donc, en termes d’équité, on n’a pas eu vraiment beaucoup à avoir à faire de choix. Ce qui a été, je pense, aussi, facilitateur, c’est qu’aujourd’hui, nous avons un Contrat de Ville qui pose, dans la santé, le développement des compétences psychosociales, comme quelque chose d’important : un Contrat Local de Santé qui l’indique aussi, une Éducation nationale et un COTER qui poussent aussi à tout ça. Et on a déjà un alignement de planètes à ce niveau-là, et ça, c’est facilitateur, malgré tout.

Le fait qu’il y ait eu, aussi en début d’année, cette proposition que les Cités Éducatives se positionnent dessus, ça a permis aussi, au sein d’un micro groupe santé, autour des CPS, de se dire : qu’est-ce qu’on priorise ? Où est-ce qu’on en est actuellement ? Et qu’est-ce qu’on veut ? Et c’est là où on a été, aussi, sur de la prévention très précoce. Et on a été chercher dans la petite enfance qui, jusqu’ici, n’était pas touchée. Aller regarder un peu aussi, au niveau des maternelles, pour pouvoir réussir à construire, en fonction des déplacements des enfants. Quand un enfant va à telle école, on sait qu’il ira dans tel collège. Donc, en fonction de ça, il faut réussir à trouver une cohérence. Et petit à petit, on arrive à construire des choses qui sont cohérentes et dans lesquelles on essaie d’avoir une transversalité maximum autour de la table.

 

Le COTER 75 : une dynamique collective - Céline Poullain et Alexandre Laurent

Sur Paris, on a la chance d’avoir un COTER assez dynamique. Je vais prendre un petit clin d’œil pour ma collègue Alice qui était sur le 75, avant, et qui a lancé, un peu, la dynamique, à l’époque de l’instruction interministérielle. En 2022, on a commencé à mettre en place ce COTER. On a un peu la même dynamique que dans le 95, avec des acteurs, dont le Rectorat, la Préfecture, la Ville de Paris, assez engagés sur la thématique. Donc, on a réussi assez rapidement à mettre cette dynamique en place.

L’idée que je trouve intéressante, c’est qu'au début, on avait ces partenaires qui étaient assez investis et que le COTER, en étudiant un peu les besoins qu’il y avait sur le territoire, s’est dit : on doit ouvrir à d’autres partenaires. Si je prends l’exemple de cette année, on a ouvert aux maisons des adolescents, par exemple, à la PJJ. On peut aussi penser à l’Aide Sociale à l’Enfance, à la DRAJES, etc. Enfin, l’idée, c’est de se dire d’investir tous les partenaires, d’inclure tous les partenaires qui travaillent de près ou de loin auprès des jeunes.

Peut-être, pour vous donner quelques exemples, mais après, je donnerai la parole à Alexandre, plus concrètement, ce COTER permet de développer cette culture commune. Á titre d’exemple, depuis la mise en place du COTER, on a développé deux séminaires, déjà, et peut-être, pour mettre l’accent sur celui qu’on a développé cette année en 2025, il y a eu vraiment une belle réussite : on a eu 400 participants, avec vraiment un travail de collaboration avec le Rectorat et l’ARS, vraiment exceptionnel, pour mettre en place ce séminaire. Ce qui était intéressant, c’est qu’il y avait des acteurs de terrain, des chercheurs, et aussi des jeunes qui sont venus témoigner… qui avaient participer à des programmes. 

Je pense que notre enjeu, et on en parlait en introduction sur la réduction des inégalités sociales de santé, et je pense que c’est notre enjeu, aussi, dans le COTER, de bien identifier les besoins, de se dire : voilà, on a la chance aussi, à Paris, d’avoir beaucoup d’acteurs qui proposent des programmes. Et c’est de se dire : comment on arrive à mieux coordonner toutes ces actions et de les proposer, que ce soit dans les quartiers Politique de la Ville, que ce soit dans les établissements REP et REP +, etc. Essayer de coordonner, d’avoir un vrai suivi de toutes les actions qui sont mises sur le terrain, et, comme ça, de pouvoir mieux répondre aux besoins.

Les membres du COTER se rencontrent tous les trimestres. Ensuite, on a vraiment un travail qui est fait, on va dire, peut-être en bilatéral, selon les projets, avec le Rectorat, avec la Préfecture. On essaie aussi de travailler sur des projets précis avec tous les membres du COTER. Je vais laisser la parole à Alexandre qui va vous préciser un peu plus concrètement les actions qui sont mises en place.

Effectivement, l’objectif du COTER, c’est de créer des synergies communes, entre les partenaires institutionnels. Et puis, pour vous prendre quelques exemples : avec le Rectorat, on a travaillé cette année au déploiement d’ « unplugged ». La Fédération Addiction, Clara l’a rappelé, sans l’engagement commun des partenaires institutionnels, on n’y arrive pas à mener des programmes qui sont ambitieux, qui vont nécessiter un vrai engagement, des équipes de terrain pour pouvoir le déployer. 

Vous prendre aussi un autre exemple qui a été cité autour des Cités Éducatives : cette année, grâce au travail de l’appel à volontariat, chaque Cité Éducative a été amenée à rédiger une lettre d’intention, à travailler sur ses besoins, à se réinterroger. Et du coup, là-dessus, on a vraiment construit une base pour lancer, de manière pluriannuelle, des programmes et d’essayer, justement, d’ancrer une culture commune dans le temps. Donc, ça, c’était des opportunités très intéressantes qui nous facilitent le déploiement sur le terrain.

Pour toucher un maximum de jeunes, il faut aussi mutualiser des ressources. Les financements sont limités et, entre partenaires institutionnels, on arrive à renforcer la force d’accompagnement des opérateurs. Je prends l’exemple de « primavera », aujourd’hui, qui est co financé entre l’ARS et la MILDECA, et qui arrive, justement, à toucher, depuis plus de dix ans, de nombreux jeunes à Paris.

Et puis, cette coordination, au sein du COTER, elle est renforcée, à la fois, pour faciliter le déploiement de ces programmes efficaces et prometteurs, avec les nombreux acteurs, puisque nous, par exemple, pour vous donner l’exemple de « primavera », il y a quatre associations qui le déploient actuellement. Il y a donc un travail de coordination au niveau du territoire pour essayer de toucher un maximum de jeunes. Et de la même manière, pour « unplugged », on a actuellement trois opérateurs. Donc, c’est coordonner ces acteurs-là pour, aussi, faire remonter des données et continuer, justement, de tenter de réduire ces inégalités de déploiement.

Et puis, toujours, être à la recherche de nouveaux partenaires pour créer des opportunités et s’appuyer, aussi, sur ce qui fonctionne bien d’un territoire à un autre et continuer, aussi, de s’inspirer. On échange régulièrement, aussi, avec les dynamiques d’autres territoires, en Seine-Saint-Denis, mais aussi dans le 95. Comment on peut s’inspirer les uns des autres dans le déploiement, sur le terrain. Donc, voilà, plein d’incitations à agir, multiples, mais on ne le fait pas seuls, en tant qu’institution, on le fait vraiment collectivement, pour toucher aussi un maximum de jeunes au vu de l’objectif de cette instruction interministérielle.
 

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Rencontre francilienne sur les inégalités de déploiement des CPS