État des lieux franciliens de la santé des enfants et des adolescents
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Le 10 octobre 2025, la Préfecture de Région Île-de-France, l’Agence régionale de santé Île-de-France et Promotion Santé Île-de-France organisait une rencontre autour des inégalités territoriales dans le déploiement des actions favorisant les compétences psychosociales auprès des enfants et des adolescents franciliens. Il s'agit de la retranscription écrite de l'intervention en plénière de Catherine Embersin-Kyprianou sur la santé des enfants et des adolescents en Île-de-France.
Citation a valider avec l'intervenant : " Les jeunes sont globalement en bonne santé, mais il y a une dégradation très nette de leur santé mentale, pas uniquement en Île-de-France, mais sur l’ensemble de la France, parfois à des niveaux plus élevés à cette échelle régionale"
Bonjour. Merci beaucoup de nous avoir invités pour vous présenter quelques éléments.
Je vais surtout parler de la santé des jeunes, mais le temps est limité, donc, je présente juste quelques éléments, ce n’est pas exhaustif du tout. Vous pouvez aller sur le site de l’ORS où vous retrouverez toutes nos publications. Et puis, on a pas mal d’autres projets, aussi, pour actualiser les données, notamment sur la santé des jeunes.
Pour vous parler du contexte francilien, la Région Île-de-France est une Région assez jeune. Un enfant de moins de onze ans sur quatre, réside en Île-de-France. Les 12-25 ans représentent 18% de la population francilienne. C’est la part de l’Île-de-France dans l’ensemble de la France.
C’est une région marquée par de fortes inégalités sociales et territoriales, que je ne vais pas aborder, là, tout de suite, dans cette présentation, mais dont je parlerai un peu plus lors de la table ronde, et qui vont se répercuter, après, sur la santé.
Pour la santé des enfants, on a de nombreuses données sur la santé périnatale, mais, par contre, quand on veut décliner au niveau territorial, sur la santé des enfants, c’est plus difficile d’avoir des données, vraiment, sur les dimensions territoriales. Pour les jeunes, on utilise des données d’enquêtes, avec l’avantage d’avoir des données sur les comportements, mais, par contre, les données d’enquêtes ne sont pas forcément déclinables à des niveaux territoriaux fins. Et puis, les données deviennent obsolètes et c’est assez long de faire des enquêtes et de les réactualiser, il y a toujours un laps de temps entre le moment où l’enquête est réalisée et le moment où les données sont publiées, et encore plus quand on veut faire des exploitations régionales.
Si je voulais résumer juste en deux, trois mots, le constat sur la santé des jeunes en Île-de-France, c’est que les jeunes sont globalement en bonne santé, mais il y a une dégradation très nette de leur santé mentale, pas uniquement en Île-de-France, mais sur l’ensemble de la France, parfois à des niveaux plus élevés à cette échelle régionale. Ça a été accentué par la crise covid, mais la dégradation avait commencé avant la crise covid et se poursuit, bien que la crise covid soit derrière.
La santé des jeunes franciliens n’est pas plus mauvaise qu’ailleurs en France, il y a même moins de consommation de produits psychoactifs, mais certains indicateurs vont alerter, notamment sur les prises de risques dans la sexualité qui vont être un peu plus importantes et qui se répercutent, d’ailleurs, sur les IST qui sont un peu plus prévalentes en Île-de-France, et qui sont en augmentation.
Comme je vous ai dit, les inégalités sociales et territoriales de santé qui commencent dès la période périnatale. Malheureusement, c’est comme ça, mais l’idée, c’est d’œuvrer pour essayer de réduire ces inégalités sociales et territoriales de santé. Elles se développent dès la période périnatale et elles se cumulent tout au long de la vie.
On a utilisé des données d’enquêtes qui ont été déclinées au niveau régional. Ici, c’est des données de l’enquête « EnCLASS » qui est une enquête faite par l’OFDT et l’École des Hautes Études en Santé Publique, à la fois en collège et au lycée, et qui existe depuis très longtemps. C’est des données qui participent à un volet européen aussi.
Globalement, neuf jeunes sur dix se perçoivent en "bonne santé", 87% des collégiens franciliens. Donc, globalement, la santé est bonne. Pas de différences avec le reste de la France. La perception est toujours moins bonne chez les filles que chez les garçons. C’est quelque chose qu’on retrouve toujours. Cet indicateur est pertinent et intéressant parce qu’il mesure le ressenti de l’individu. Il est complémentaire des approches qui sont issues des bases médico-administratives qui sont plutôt axées sur les consommations de soins. Cet indicateur est assez prédictif, assez lié, on le voit, avec les consommations de soins, les maladies, les incapacités.
Malgré cette bonne santé perçue, toujours l’enquête EnCLASS, a mis en avant qu’il y avait des plaintes somatiques et psychiques qui étaient assez fréquentes. En gros, ces plaintes, quand elles sont répétées, elles peuvent traduire un mal être. Elles sont plus souvent déclarées par les filles que par les garçons. Par exemple, c’est près de la moitié des filles qui vont déclarer des plaintes récurrentes, donc au moins deux plaintes, au moins deux fois par semaine, contre quatre garçons sur dix. Les plaintes vont concerner les questions de difficultés de sommeil, d’irritabilité, de déprime, de nervosité ; les causes sont multiples. Le stress lié à l’école, au travail scolaire est une cause fortement citée, l’usage problématique des réseaux sociaux, avec le cyber harcèlement, le harcèlement à l’école et, globalement, faible satisfaction par rapport à la vie. Ce sont les causes les plus fréquemment citées.
Comme je vous disais, la santé mentale s’est détériorée avec la crise covid, mais elle avait commencé avant à se détériorer. Ici, j’ai mis juste des indicateurs sur l’évolution avant la crise covid, 2014-2017, qui sont issu de l’enquête ESCAPAD, faite par l’Observatoire Français des Drogues et des Tendances Addictives. Depuis de nombreuses années, c’est l’enquête qui est faite lors des journées « défense et citoyenneté », donc, auprès des jeunes de 17 ans. Cette enquête est faite de manière répétée, à un intervalle, à peu près de trois ans, et là, plutôt cinq ans sur les dernières années. Elle est réalisée une semaine donnée ou quinze jours donnés, périodiquement. Je vous ai mis comme indicateur, c’est le risque de dépression, issu d’un indicateur qui s’appelle l’ADRS, Adolescent Depression Rating Scale, qui mesure un risque de dépression, à partir d’une échelle en dix questions.
Ce qu’on voit, c’est que ce risque est quand même assez élevé puisque ça concerne trois filles sur dix et deux garçons sur dix. Le risque est toujours plus élevé chez les filles que chez les garçons, en augmentation. C’est aussi observé dans le reste de la France. Et la proportion, en Île-de-France, était un peu supérieure au reste de la France, où les proportions étaient un peu plus basses.
Dans l’ensemble de la population de 18-75 ans, les courbes représentent les catégories d’âges. Et la courbe qu’on va regarder en particulier, c’est la courbe du haut, en bleu foncé, qui concerne les jeunes de 18-24 ans, donc, plutôt les jeunes adultes. Là, on est un peu plus âgé que les adolescents. L’indicateur représente les épisodes dépressifs caractérisés. L’épisode dépressif caractérisé est repéré dans le questionnaire à partir d’une échelle. Donc, la question n’est pas directement posée : « est-ce que vous avez eu un épisode dépressif ? », mais c’est une échelle qui évalue les symptômes : symptôme de tristesse, de perte d’intérêt, etc. Il y a toute une échelle avec tous les symptômes associés : insomnie, etc. Ça permet de repérer l’épisode dépressif caractérisé.
On voit que chez les 18-24 ans, il y a une augmentation qui est extrêmement importante puisque la prévalence a doublé entre 2017 et 2021, et que cette prévalence est la plus élevée de toutes les catégories d’âges chez les jeunes, les 18-24 ans. Elle reste comparable au reste de la France, par contre. Et la détérioration s’est poursuivie après le covid.
Je vous présente un indicateur qui est une exploitation du SNDS, c’est les bases de l’Assurance maladie. Ici, ce sont les hospitalisations pour « gestes auto infligés » en Île-de-France, donc, tentatives de suicide.
Je vous ai représenté, en particulier, les classes d’âges pour lesquelles on observe des évolutions qui sont extrêmement importantes et assez terrifiantes parce que chez les jeunes de 10-14 ans et, notamment chez les jeunes filles, on voit une augmentation extrêmement importante : le taux a été multiplié par trois entre 2020 et 2023. Chez les garçons, aussi. La courbe est un petit peu écrasée parce que le taux chez les filles est tellement plus élevé que celui des garçons qu’elle est un peu écrasée. Mais, malgré tout, entre 2020 et 2023, le taux est multiplié par deux pour les garçons. Et chez les jeunes de 14-19 ans, aussi, on voit cette augmentation des hospitalisations pour tentatives de suicide. Chez les filles, la courbe en orange, avec un léger infléchissement en 2023. On observera pour voir ce qui se passe après, dans les années à suivre. Et chez les garçons, aussi, même si la courbe est aussi plus basse que celle des filles, mais on voit aussi cette augmentation là.
Sur un autre sujet mais qui est en lien, aussi, avec la santé mentale… C’était pour vous présenter les usages réguliers de produits psycho actifs, à partir de l’enquête ESCAPAD.
Je vous ai représenté l’alcool, le tabac et le cannabis qui sont les principaux produits les plus consommés. C’est une bonne nouvelle parce qu’on voit une baisse vraiment importante des usages réguliers de produits psycho actifs, mais aussi d’expérimentations. Je n’ai pas mis et j’aurais pu le mettre, la cigarette électronique qui est, par contre, en augmentation en Île-de-France et qui est à peu près un usage quotidien, autour de 5% en 2022. Mais ça reste quand même à des niveaux élevés. Bien que ce soit en baisse, ça reste quand même à des niveaux importants.
Un élément dont je voulais vous parler, c’est l’usage des écrans. Je vais vous parler du lien avec la perturbation de sommeil.
Ce qu’on voit dans les histogrammes, ici, c’est des comportements vis-à-vis des écrans et les types d’activités avant le coucher. Les histogrammes vous représentent ce que font les jeunes d’aller se coucher. L’usage des réseaux sociaux, c’est autour des 70%-80% des jeunes. Réveil programmé, usage des écrans la nuit. On voit que les proportions sont assez élevées et il y a des retentissements sur l’irritabilité et le risque d’insomnie. Donc, les courbes que je vous ai mises en bas, c’est le risque selon la durée d’usage des écrans avant le coucher, le risque d’insomnie. Plus la durée d’usage des écrans est importante, plus le risque est élevé.
Je voulais juste vous représenter quelques histogrammes sur le cyber-harcèlement au cours des deux derniers mois, le harcèlement et les participations à des bagarres.
Ce qu’on voit, c’est qu’on a des proportions non négligeables de jeunes qui participent à du harcèlement scolaire ou à du cyber-harcèlement, ou qui sont victimes de harcèlement ou de cyber-harcèlement. Et surtout chez les filles, 8% des filles sont victimes de cyber-harcèlement. Et concernant la participation à des bagarres, près de six garçons sur dix ont participé à une bagarre au cours des douze derniers mois. Et même trois filles sur dix. Donc, on voit qu’on a des proportions quand même assez importantes de jeunes qui sont impliqués dans des violences.